SKAM, 3 bonnes raisons d’être addict

Cette petite série norvégienne arrivée presque sur la pointe des pieds en septembre 2015, diffusée dans un premier temps sur le web en petits clips, puis sur NRK (la télévision norvégienne), puis sur SVT (la télévision suédoise) met en scène une bande d’adolescents du lycée Hartvig Nissen d’Oslo dans leur quotidien, entre journées de lycée et fêtes-beuveries le week-end. Ils font que ce font les ados du monde entier : ils fument, ils boivent, ils mentent, ils draguent, ils s’aiment et se trahissent etc…

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A priori donc rien de très original et l’on serait assez vite tenté de penser que l’engouement, voire l’hystérie collective qu’a suscité ce teen drama auprès des lycéens norvégiens (mais pas que) ne résulte que d’une campagne web marketing très réussie.

Ce serait oublier l’essentiel : si la série est une authentique réussite, c’est avant tout pour trois raisons très originales qu’il me semble important de souligner ici.

La première tient au point de vue, celui des adolescents eux-mêmes, qui est montré et mis en scène, de manière simple et spontanée, sans effets de style. Pas vraiment un documentaire, mais plutôt une fiction spontanée et authentique, fruit du montage de mini-séquences, comme transmises depuis le téléphone portable de l’un des protagonistes, des tranches de vie lycéenne en quelque sorte mais racontés et restitués par eux-mêmes, dans leurs langues et logiques.

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Ce parti pris exclut donc du paysage les adultes (parents et professeurs) qui sont complètement absents de la série (les mauvaises langues diront qu’ils ont abandonné leurs progénitures).

Cette mise hors-jeu des adultes est aussi, en passant, assez caractéristique de la littérature jeunesse scandinave. Citons par exemple, pour la Suède, Astrid Lindgren qui a beaucoup abusé de ce parti-pris pour faire apparaître le point de vue de l’enfant dans une période où personne ne l’envisageait, mais Maria Gripe également qui a fait apparaître le point de vue adolescent et les stratégies de survie adolescentes loin de parents disparus ou vénéneux.

Cette mise hors-jeu des adultes permet là aussi d’aborder des thèmes importants à l’adolescence sans la moralisation adulte qui va souvent avec : l’alcool, la drogue, la contraception, la sexualité, la différence, la religion, la maladie etc…
La deuxième tient au format original et audacieux : des clips de 2 ou 3 minutes diffusés en temps réél sur le web, montés ensuite, pour la télévision, en épisodes de durées variables, entre 20 et 50 minutes, qui défient les règles de la programmation télévisuelle et jouent avec les nerfs des spectateurs, tour à tour frustrés et accros. Chaque épisode est séquencé de la même manière : au début de chaque clip, le jour et l’heure sont inscrits en jaune et barrent l’écran comme ils le feraient sur un agenda ou sur un journal intime et cette typo jaune participe aussi de l’identité visuelle de la série. Autre détail plus subtil, (que peu de téléspectateurs remarquent d’ailleurs), l’horaire qui s’affiche n’est jamais tout rond, il est toujours commencé, quelques minutes après l’heure ou la demie-heure pour chaque fois donner l’impression de s’introduire comme une petite souris au milieu d’une scène déjà commencée, ce qui donne l’impression aux telespectateurs d’entrer dans le cercle d’amis.
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Diablement efficace et surtout incroyablement fûtée, cette méthode permet également de retranscrire habilement les variations de rythme, l’ennui et le caractère répétitif de la vie étudiante mais aussi l’intensité de certaines séquences importantes qui jalonnent la vie des adolescents. Cette méthode est aussi pour nous, les adultes, très pédagogique et stimulante. Nous devenons les spectateurs de nos ados, sans le voyeurisme qu’un scénario plus adulte aurait sans doute impliqué, et nous deviendrons ainsi au prochain écart, plus indulgents et moins réprobateurs, malin non ? Et oui nous le savons tous, nous sommes passés par là : le passage à l’âge adulte n’est pas un long fleuve tranquille, bien au contraire mais ces expériences (les plus joyeuses comme les plus douloureuses) sont indispensables ; il est donc inutile de vouloir empêcher nos enfants de les vivre, il est préférable de leur faire confiance. Cette série, de ce point de vue, est donc aussi très instructive et apaisante pour les parents spectateurs.

 

Enfin, troisième raison et non des moindres, la bande-son : une grosse centaine de titres éclectiques qui rytment le montage de manière moderne et originale et participent à l’identité sonore multigenre de cette série hors du commun. Cette bande-son, sans doute l’une des plus intéressantes du moment a de quoi séduire parents et ados : une centaine de titres, l’occasion de mettre en avant la pop scandinave (Robyn, Sandra Lyng, Gabrielle, Nils Bech, Hkeem, Møme, etc..) mais pas seulement. Lana Del Rey, Velvet Underground, Radiohead, Jay Z et Kayne West ou Justin Bieber font aussi partie du casting et animent l’enchainement des clips, et parfois entrent dans la série en étant chanté par les personnages comme c’est le cas, dans la saison 2 où Noora chante à la guitare « More than word » d’Extreme, un moment important de la série.

La série a battu des records d’audience en Norvège où plus d’un quart de la population l’a regardée, elle a comptabilisé le plus grand nombre de visionnage sur la plateforme suédoise de visionnage en différé, SVT play, et elle s’apprête à conquérir le marché anglais, américain et canadien grâce au producteur britanique Simon Fuller qui en a acheté les droits et rebaptisé « Shame ». La petite série n’a donc pas fini de faire parler d’elle. On espère que des producteurs français bien avisés décideront d’en faire profiter également le public français sous peu.

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